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Comprendre l'accompagné — coaching & conseil RH

Comprendre les mécanismes de l'engagement dans un accompagnement

Pourquoi certaines personnes — vos accompagnés en coaching comme vos collaborateurs suivis en RH — restent-elles pleinement investies, tandis que d'autres décrochent progressivement ? La réponse ne se résume pas à la motivation : elle se joue à cinq niveaux qui interagissent entre eux.

Ce que vous allez trouver ici

Cet article vulgarise 5 concepts issus des sciences cognitives — motivation, attention, métacognition, erreur et inhibition — en les appliquant concrètement au métier d'accompagnement, de coaching et de conseil RH.

Motivation

Pourquoi agir

Attention

Où porter son énergie

Métacognition

Comprendre son processus

Erreur

Une info, pas un échec

Inhibition

Sortir de l'automatisme

L'engagement repose sur plusieurs mécanismes qui interagissent : le sens donné à l'objectif, l'attention, la capacité à prendre du recul sur sa propre manière d'agir, la façon dont les erreurs sont interprétées, ou encore la capacité à sortir de certains automatismes.

Les travaux de Grégoire Borst sur le fonctionnement du cerveau permettent de mieux comprendre ces mécanismes — et surtout, d'agir dessus concrètement dans un accompagnement comme dans une mission de conseil RH.

Grégoire Borst est professeur de psychologie du développement et neurosciences cognitives de l'éducation, et dirige le LaPsyDE (CNRS, Université Paris Cité). Il détaille ces mécanismes dans « Apprendre à apprendre », sa série de podcasts sur France Culture.

La motivation : un point de départ, pas une garantie

Grégoire Borst distingue deux moteurs qui coexistent souvent chez une même personne. Pour un consultant RH, c'est une distinction utile face à un collaborateur envoyé en accompagnement par sa hiérarchie : le point de départ est souvent extrinsèque, mais ce n'est pas ce qui décidera de la suite.

Vient de l'extérieur

Motivation extrinsèque

Repose sur un élément extérieur : obtenir un résultat, répondre à une attente, décrocher une certification, atteindre un objectif imposé par le contexte professionnel.

Vient de la personne

Motivation intrinsèque

Repose sur l'intérêt personnel, la satisfaction de progresser, l'envie de développer une nouvelle capacité.

Une personne peut commencer un parcours parce que son entreprise le lui demande, puis se l'approprier en comprenant ce qu'il lui apporte au quotidien. Cette appropriation est ce qui maintient l'engagement dans la durée.

Questions à poser
  • Pourquoi cet objectif est-il important aujourd'hui ?
  • Qu'est-ce que cela changerait concrètement dans votre quotidien ?
  • Qu'aimeriez-vous être capable de faire différemment ?
  • Comment saurez-vous que vous avez progressé ?

L'attention : savoir où porter son énergie

Cette capacité est limitée. Une personne peut sembler peu engagée simplement parce qu'elle ne sait plus ce qui doit être prioritaire — un signal fréquent chez un collaborateur qui cumule un accompagnement RH avec sa charge de travail habituelle.

Quand ça se disperse

  • Réfléchir à plusieurs objectifs à la fois
  • Consulter de nombreuses ressources
  • Répondre à plusieurs activités
  • Gérer des contraintes extérieures

Ce que le professionnel peut clarifier

  • L'objectif prioritaire
  • La prochaine étape
  • Ce qui doit être traité maintenant
  • Ce qui peut attendre
Maintenir l'attention ne signifie pas nécessairement rendre le parcours plus stimulant. Cela consiste surtout à limiter la dispersion.

La métacognition : comprendre sa propre progression

Elle correspond à la capacité à prendre du recul sur sa propre manière de réfléchir, d'agir et de progresser. Il ne s'agit pas seulement de réaliser une activité, mais de comprendre ce qui s'est passé pendant cette activité.

Question fermée

« Avez-vous réalisé l'action prévue ? »

Qu'est-ce qui vous a aidé à la réaliser ?
À quel moment avez-vous rencontré une difficulté ?
Quelle stratégie avez-vous utilisée ?
Que feriez-vous différemment la prochaine fois ?

Ces questions déplacent l'attention du résultat vers le processus. La personne devient progressivement capable d'analyser elle-même ce qui fonctionne ou non — sans dépendre uniquement du professionnel.

L'erreur : une information pour la suite

Une activité non réalisée, une tentative qui échoue ou le retour à une ancienne habitude peuvent vite être lus comme un manque de motivation. Ils apportent pourtant des informations utiles.

Une action non réalisée peut révéler que
  • l'objectif était trop ambitieux ;
  • la prochaine étape n'était pas suffisamment précise ;
  • un obstacle n'avait pas été anticipé ;
  • la personne ne disposait pas des ressources nécessaires ;
  • la stratégie choisie n'était pas adaptée ;
  • l'action ne faisait finalement pas assez sens pour elle.

Le professionnel peut alors demander : Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'aviez-vous prévu ? Qu'avez-vous appris de cette situation ? Que pourriez-vous modifier au prochain essai ?

Il devient possible de reconnaître des progrès plus discrets : mieux comprendre un obstacle, identifier une habitude, tester une stratégie ou ajuster son objectif.

L'inhibition : le frein qui évite de retomber dans l'ancien réflexe

C'est le mécanisme le plus contre-intuitif des cinq, car il ne concerne pas ce que la personne sait ou veut faire, mais sa capacité à ne pas laisser le comportement habituel prendre le dessus au moment où il se déclenche.

Ce que c'est concrètement

Savoir quoi faire ne suffit pas à le faire

Une personne peut parfaitement savoir qu'elle devrait agir autrement — et pourtant reproduire son comportement habituel, parce qu'il est plus rapide et plus facile à mobiliser que le nouveau.

→ Ex. un manager sait qu'il devrait laisser sa place à l'équipe, mais reprend la main dès qu'une difficulté apparaît : ce n'est pas un manque de volonté, c'est le réflexe habituel qui va plus vite que la nouvelle intention.

Comment mobiliser ce levier en pratique — trois appuis concrets pour aider une personne à sortir d'un automatisme :

1

Repérer l'automatisme : aider la personne à identifier précisément quand et comment le réflexe habituel se déclenche. « À quel moment cette réaction apparaît-elle ? Qu'est-ce qui la déclenche ? »

2

Ralentir avant d'agir : introduire un temps d'arrêt entre le déclencheur et la réaction, pour laisser une place à un autre choix. « Que pourriez-vous faire dans les 5 secondes avant de réagir comme d'habitude ? »

3

Tester une alternative, en petit : proposer un comportement de remplacement simple, à essayer une seule fois, plutôt qu'un changement global. « Quel petit changement seriez-vous prêt à tester la prochaine fois ? »

Pour un consultant RH ou un manager, c'est une clé de lecture essentielle : un collaborateur qui « rechute » dans une ancienne habitude n'a pas nécessairement renoncé à changer — il n'a simplement pas encore eu l'occasion d'entraîner ce frein.

L'engagement se construit et s'ajuste

Une baisse d'engagement ne doit pas être interprétée trop vite comme un manque de motivation. Ce diagnostic en 7 questions — mobilisable en entretien de suivi comme en bilan RH — aide à repérer ce qui se passe réellement :

?L'objectif a-t-il toujours du sens ?
?La personne sait-elle ce qui est prioritaire ?
?Le parcours demande-t-il trop d'efforts simultanés ?
?Arrive-t-elle à voir ses progrès ?
?Une stratégie ne fonctionne-t-elle plus ?
?Une émotion prend-elle trop de place ?
?A-t-elle une marge pour ajuster sa manière d'agir ?
Aucune de ces questions n'a de bonne réponse universelle : c'est la combinaison des réponses qui indique où agir en priorité.

À retenir

  • La motivation extrinsèque et intrinsèque coexistent : l'appropriation fait la différence dans la durée
  • Une personne peu engagée est parfois simplement dispersée, pas démotivée
  • Passer du résultat au processus développe l'autonomie de la personne
  • L'erreur est une information à exploiter, pas un verdict à sanctionner
  • Repérer un automatisme est la première étape pour en sortir
  • L'engagement varie : mieux vaut diagnostiquer que réagir dans l'urgence

« Soutenir l'engagement, c'est aider la personne à comprendre ce qui la fait avancer et ce qu'elle peut ajuster lorsqu'elle rencontre une difficulté. »

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